Mais où est Charlie le simracer ?

Dans le monde des jeux vidéos, le Simracing est une niche. Ce week-end je suis allé à la Gamers Assembly 2016 avec une partie de la rédaction Live-Sim. Et en entrant dans l’un des halls dédiés aux tournois, vous constaterez par vous-même que, trouver Charlie le Simracer, est plus difficile qu’il n’y parait. Heureusement pour nous, un stand était bien présent pour transfuser un peu d’essence. Il s’agissait juste de s’y retrouver. Y rester ne devrait pas être un problème.

 

 

Pour ma première Gamers Assembly, j’étais plus que surpris par l’ampleur de l’événement. Deux halls remplis de joueurs, de pc (et quelques consoles) reliés à des kilomètres de câbles. Des tournois sur des jeux qui me sont pour la plupart inconnus. Pardon aux fans, je suis d’une autre génération. J’ai découvert, en 1985, le jeu vidéo et la « simulation » de course en même temps, avec Revs sur Commodore 64. J’imagine que cela ne vous parle pas plus que League of Legends pour moi. Quand je vois où nous en sommes aujourd’hui, après 30 ans d’évolution, nous avons parcouru un sacré chemin. Mais quand on regarde la place du simracing dans cette assemblée, il en reste encore pas mal.

La LSMV contre tous les autres

Dans ce hall, il n’était pas inhabituel de croiser des chevaliers ou des personnages tout droit sortis de jeux, des MO5, des cours de sabres lasers, de l’overclocking, des batailles de robots, et même un tournoi de Wii Bowling rempli et bruyant comme un stade. Pourtant, pas loin, une oasis pleine de moteurs, de bruit et de fureurs, nous attire. Discret sans camelot, mais une énorme installation avec des écrans AOC Gaming courbés devant un simulateur dynamique de chez Race Start Concept, et le volant addon F1 de Thrustmaster sur un T300. Discret, pas sûr que le terme soit approprié. D’autant que juste derrière, six autres simulateurs plus classiques sont présents sur le stand. Au choix : Project C.A.R.S. ou Assetto Corsa. Il semble que LSMV est the place to be. Le sigle signifiant Ligue des Sports Mécaniques Virtuels. Le stand est animé par une bonne demi-douzaine de personnes. Parmi eux quelques têtes connues : Arnaud Lacombe, probablement l’un des meilleurs Simracers français, Gaëtan Paletou, vainqueur de la GT Academy 2014, Wall Stark, le Youtuber prolixe, et Maxou Le Pilote, Youtuber, commentateur, rédacteur et pilote (je dois sûrement en oublier).

 

En tout cas, cela attire l’œil et les visiteurs. Comme d’autres, je me place dans la file d’attente. J’étais ravi de voir comment le simracing – on peut dire extrême de ce simu dynamique – était appréhendé. Quatre tours d’essence, un circuit court (Brands Hatch) pour apprendre rapidement les virages, une petite voiture contrôlable facilement par tous, et un animateur qui explique avec des mots simples comment en profiter. Même si je n’ai pas besoin de ces conseils, je trouve néanmoins que c’est la bonne approche pour donner envie d’entrer dans notre monde. Mettre un LMP1 ou une F1, sur la boucle nord aurait été une catastrophe. La visite n’est pas finie puisqu’un concours façon Top Gear avait lieu sur le pod Assetto Corsa. Trois tours à réaliser sur le Silverstone International à bord de la Mercedes AMG GT. Chaque jour des lots Thrustmaster étaient à gagner (un T150 et  des casques/micros). Moi-même j’ai essayé, mais dans la dernière chicane, j’ai freiné dans l’herbe, anéantissant l’espoir de gagner un des lots. Pas de chance pour moi, mais Live-Sim a quand même gagné puisque Skanibal a pris la 3ème place.

Si je suis resté quasiment tout le temps sur le stand LSMV, je n’ai pas pour autant monopolisé les pods. Au contraire, je n’ai presque pas roulé. Par contre, j’ai observé ceux qui passaient derrière le volant. J’ai vu tout type de joueurs : des jeunes, des vieux, des enfants, des hommes et mêmes quelques femmes. Après avoir roulé, tous avaient un grand sourire, grâce notamment aux conseils de Gaëtan, Arnaud, Wall Stark ou Maxou.

Le E-Sport est notre avenir

Ceux-là ont déjà un pied dans le E-Sport. Ils ne sont pas des Simracers professionnels, c’est-à-dire qu’ils ne vivent pas de leur passion. Ce n’est pas par manque de talent, mais plutôt par le manque d’argent que génère le Simracing. iRacing, qui est le jeu le plus professionnalisé, a un prize money de 10.000 $ environ pour le vainqueur en F1 quand, sur Dota 2, le vainqueur touche plus de  6.600.000 $. Il n’y a pas de secret, les joueurs vont là où le vent pousse l’argent. Le Simracing a, je crois, d’abord besoin de visibilité. L’argent viendra avec les retransmissions (de type Youtube ou TV). Le stand de la LSMV participe aussi à sa promotion, en démontrant que c’est sympa, qu’on peut vraiment s’y amuser. Et les meilleurs devraient pouvoir gagner leur vie.

 

La GT Academy a été une première étape. Pour la première fois à la télévision, un programme permettait aux joueurs de tenter l’aventure du Realracing par une sélection au travers du Simracing. Du côté de la France, nous avons déjà eu plusieurs lauréats : Jordan Tresson, Gaëtan Paletou (2014) et Romain Sarazin (2015). Arnaud Lacombe y a participé également en 2008 et aurait dû faire partie des vainqueurs. Ils ne sont pas tous devenus des pilotes professionnels, mais Nissan les a rendu visibles et leur a permis de participer à des championnats et des courses prestigieuses, même si les communications de ces dernières semaines ne sont pas très lisibles, notamment à propos de Gaëtan.

La prochaine étape pourrait venir des politiques. Axelle Lemaire, Secrétaire d’État chargée du numérique, qui n’a pu être présente à Poitiers, a néanmoins enregistré une vidéo, pleine de références ludiques, à propos du E-Sport. La ministre expliquait défendre un projet de loi visant à ne plus le considérer comme une loterie, comme c’est le cas à l’heure actuelle. Les politiques l’ont bien compris, une loi est nécessaire pour encadrer ce qui n’était qu’un loisir, et qui est devenu depuis quelques années un vrai sport, avec ses champions, ses tournois, et ses primes pour les vainqueurs. La semaine prochaine, Axelle Lemaire présentera une proposition de loi au Sénat visant à établir ce statut pour, à terme, permettre de poursuivre la croissance de ce secteur. Car les sports électroniques ont besoin de reconnaissance.

Samedi, si je suis resté sur le stand toute la journée, je n’ai quasiment pas roulé. Les conversations tournaient autour du E-Sport. Les joueurs s’organisent de plus en plus autour de structures telle que la LSMV. Tout le monde ne sera pas un Arnaud Lacombe. Et tout alien qu’il est, il ne pourra pas tout organiser, autour de lui. Préparation mentale, communication, télémétrie, setup, stratégie sont des domaines où d’autres peuvent l’aider afin de se consacrer totalement là où il est parmi les meilleurs.

Clairement, le Simracing évolue. Il se professionnalise. Et même si la Gamers Assembly ne proposait aucun tournoi de Simracing, nous sommes sur le bon chemin. En attendant il faut se réjouir qu’un groupe de passionnés puisse venir représenter et promouvoir le Simracing. Vivement le moment où nous, Simracers, serons invités non pas à la Gamers Assembly mais à la Simracers Assembly.

Crédit photos : Live-Sim / LSMV

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