Francis Brolet, SPAtisseur (Part I)

La première fois que j’ai rencontré Francis Brolet, j’étais à Spa Francorchamps pour les 25 Heures VW FunCup Virtuelles. Il avait d’abord convaincu quatre jeunes femmes, les Fun 4 Girls, de débuter et participer à la plus grande (ou plus longue) course du monde. Cela n’a pas dû être simple, tant la concurrence masculine était rugueuse, mais ce n’était rien. Car sans lui, la course n’aurait même pas eu lieu. Francis a construit le circuit des 25 Heures Virtuelles. Comme simracer, Francorchamps est un mythe. Nous y avons tous roulé sur différents jeux avec toutes sortes de voitures. Cette version, au dire des pilotes réels, est particulièrement fidèle. Passons donc un peu de temps à discuter avec quelqu’un qui a créé un monde, sans doute en un peu plus de six jours…

 

Avant de débuter dans la maçonnerie virtuelle, quel a été ton parcours dans le simracing ?

Mon premier ordinateur a été un Philips MSX, 256k de RAM, 256k vidéo, 256 couleurs, avec deux lecteurs de disquette 720k. Il détrônait les Commodore 128. Je montais des reportages vidéo et réalisais des génériques avec ce petit truc ! Hélas les limites ont été vite atteintes avec mes calculs de topographie. J’ai donc acheté un petit PC avec une carte trois couleurs. Race était le premier jeu du style Need For Speed. Bof ! Le son était constitué de « beeps » allongés et il se jouait au clavier. Puis, sur le 386, les jeux devenaient plus « graphiques. » je me suis offert Stunt, puis Need For Speed (le 1er). Waouh ! C’est aussi avec ce PC que j’ai testé le modem… Halala ! Quelle époque ! C’est à ce moment que j’ai vu qu’il était possible de remplacer les images des voitures par d’autres. Le Skinner était né !!! C’est donc avec Need For Speed que j’ai fait mes premiers SKINs de voiture « Sportive ». J’ai toujours des disquettes et des copies sur CD. Ensuite, les choses changent très vite : Need For Speed sort ses suites ; les formes 3D deviennent de plus en plus réalistes. Le virtuel évolue et devient très proche de la réalité ! Les processeurs deviennent de plus en plus performants et rapides. La mémoire vive est de plus en plus exploitée et les cartes graphiques sont de plus en plus performantes grâce à la miniaturisation… GTR, GTR2, rFactor … C’est avec GTR2 que j’ai pris conscience du potentiel réel du jeu de simulation. En 2006, je décide de réaliser toutes les voitures qui participent aux 24 heures de Spa-Francorchamps. Je suis sur place avec mon ami et collègue Frédéric . Nous sommes « VIP PROXIMUS ». Ceci nous donne la possibilité de prendre les voitures en photo de tous les côtés. J’ai commencé quelques voitures et, avec OtauGames, je diffuse ces premières voitures. Le succès est incroyable ! J’ai la chance de dessiner et reproduire la C5 de Luc Alphand pour un constructeur de simulateur. Pour nous remercier, Luc nous invite aux 24h du Mans et là c’est une grande amitié qui va naître. En 2007, pour les 24 heures de SPA-Francorchamps, nous sommes invités par Vincent Vosse et les sociétés « Pagondes 24heures » et « Publiaplic ». J’y rencontre d’extraordinaires personnes et me plonge dans la réalisation complète de toutes les voitures des 24h de l’édition 2006 avec le photographe Olivier Brasseur. Nous réalisons les voitures avec des textures en haute définition. Aussi, le circuit subit de très grandes modifications… Je dois refaire un circuit actualisé mais le temps me manque… Ce sont ces souvenirs-là qui sont ancrés avec GTR2.

 

Pourquoi avoir voulu passer à la virtualisation d’un circuit ?

Comme je le signale plus haut, j’ai rencontré des pilotes de course qui savent partager leurs impressions. La remarque la plus entendue était : « Et la nouvelle chicane ? » Je voulais la faire et l’intégrer dans un circuit existant. J’ai recherché les plans et je les ai obtenus. Redessiner les courbes et les abords ne pose pas de problème, poser des décors non plus. Mais réaliser le raccordement avec un circuit existant et placer la nouvelle partie… Je l’ai pris comme un challenge ! J’ai donc investi dans des programmes de 3D, l’intégration des modifications se fera avec la nouvelle version de 3dSimEd… J’ai retravaillé les entrées et les sorties, vu et revu les cotes, intégré et testé les modifications. Sauf que les pilotes ne trouvaient pas la courbe réaliste ! Mais je recevais leurs encouragements. C’est en 2008, lors des 24h du Mans que j’ai reçu un retour de mon travail ! J’y étais presque ! Fallait juste tout refaire ! (rires). Donc, je l’ai refait…

Quand on entreprend de numériser Spa, qui est un circuit mythique, on sait qu’on aura le regard de toute la communauté. N’était-ce pas plus simple de commencer par un circuit moins visible et plus facile ?

Effectivement, ce n’est pas évident. Lors de la préparation des 25 heures virtuelles Fun Cup, j’ai repris mon travail pour avoir ce circuit sur rFactor. Vite fait, pas parfait, mais suffisamment pour nous amuser. Lors des essais des Fun Cup sur rFactor, les SimRacers qui s’entraînaient sur le circuit, me donnaient des critiques constructives. J’en ai pris note pour l’amélioration de la piste. J’adore relever des défis, et ce challenge me tenait à cœur. Francorchamps ! Le plus beau circuit du monde ! Je suis d’avis de prendre un circuit difficile pour commencer.

Pourquoi donc ?

Tout simplement, si je peux faire du difficile, je saurais faire du facile. Et de fait, lorsqu’on me demande de réparer une erreur sur un circuit existant, je sais où et comment travailler. Le plus important est de bien préparer son travail. Avoir le maximum d’éléments pour comparer et finaliser les éléments en 3D. C’est le petit détail qui fait la différence. Le pilote cherche des points remarquables comme repères et son chrono suit ces points (freinages, points de repère, passages, changements d’adhérence, changements de vitesse et tours/min, piquets, taches de peinture, buissons,…). Plus les repères sont passés justes, meilleur est le chrono.

 

Le fait d’être topographe est-il un avantage ?

Je ne pense pas. D’autres savent réaliser de très beaux circuits avec les mêmes éléments. Mais pour ce qui est d’avoir une vue du travail, c’est certainement un plus. Par ce métier, nous avons une vue stéréoscopique, cela me permet de mieux préparer et de savoir, à l’avance, le résultat attendu. Pour exemple, j’ai déplacé des éléments de décor qui étaient placés avec les mesures relevées mais qui, lors du passage sur la piste virtuelle, ne paraissaient pas comme sur une caméra embarquée réelle. Le fait d’être topographe et de travailler avec des collègues de toutes les régions m’a permis de recevoir des éléments de grande précision. Avec un écran, on ne perçoit pas la profondeur, on ne retrouve pas la vision et la perception de la piste, comme quand on se trouve à bord d’une voiture sur la vraie piste. Avec 3 écrans, c’est déjà plus réaliste, notre vision est plus large avec un champ presque complet. Il faudra adapter les données de la vue informatique des caméras embarquées pour plus de réalité, par rapport à la hauteur de l’œil et de la piste ainsi que la distance entre l’œil et les écrans. Une petite formule existe pour ce petit calcul. De plus, avec les pilotes qui me font le plaisir de rouler sur mon circuit, j’ai un retour critique qui m’encourage ; ceci me permet de réaliser des finitions qui sont importantes pour eux. Voilà, pourquoi Francorchamps est mon « chouchou  » parmi tous ces circuits.

Le premier besoin est sans doute le temps, mais j’imagine que depuis 2005, date de sortie de rFactor, les outils de création pour le modding se sont améliorés. Lesquels as-tu utilisés ?

Le temps ! Le temps perdu, le temps et les ratures, le temps des conflits avec madame… (rires) Les éléments que nous créons sont des éléments 3D. L’outil de base est un programme de création d’objets 3D. Lors de mes débuts en modding, j’utilisais ZModeler, mais avec l’expérience des créateurs de GTL-GTR-GTR2-GTRevo-Race-rFactor, j’ai choisi d’avoir l’outil 3dSimEd ! Comment ça se passe ? Si on a les plans des objets à réaliser, c’est simple. Si on n’a que des photos, il faut extrapoler (ici, mon métier m’aide beaucoup). Avec les plans, j’utilise AutoCAD et convertis le plan 3D en 3ds. Je le récupère avec 3dSimEd et enfin, je crée l’objet pour la version voulue. Il ne faut pas oublier de créer les images qui décorent les objets. Souvent, je les réalise en partant de photos que j’ai été prendre sur place. Un éditeur de texte « performant  » est très conseillé pour les éditions et corrections des fichiers. La réalité de l’objet est importante puisqu’il représente la réalité en virtuel. Enfin ? On se comprend ? Le plus difficile est de réaliser la piste. Pour « ma  » piste, j’ai le projet fou de réaliser une piste complète mais avec une bande de roulage différente pour la trajectoire. C’est ce qui fait la différence, j’ai réalisé la piste avec les points gauches, droites, centres et les « data  » qu’on m’a confiés. C’est la partie la plus difficile à réaliser. Après, c’est de la composition et du remplissage. L’outil le plus compliqué à utiliser est le 3Dmax. D’où la composition avec AutoCAD avant l’objet 3Dmax. Pour réaliser un circuit, il existe de très bons outils comme Bob’s Track Builder. Pour les novices, c’est très complet et simple d’utilisation. Si on reste dans une composition simple, 3DMax pourrait suffire mais pour des objets plus compliqués, je donne ma préférence à AutoCAd. Certainement parce que je le connais très bien et donc, il me parait plus simple.

Crédits photo : Carskin Design / Francis Brolet / Live-Sim

Un commentaire

  1. Vivement la suite…

Et vous, qu'en pensez-vous ?