Une belle course sans le dernier virage

Après une manche américaine au final quelque peu amer, mais pleine d’espoir, j’avais à cœur de concrétiser tout ça à Monza, un circuit que j’apprécie particulièrement. Pour autant, la préparation n’a pas été des plus optimales, la faute à un emploi du temps (sur)chargé. En effet, les 10 et 11 juin auront lieu les 24 h du Mans sur iRacing et les préparations ont commencé dès le début du mois de Mai, les ponts et jours fériés nous simplifiant la vie quant à l’organisation des training. Mais quel rapport avec Monza ? Après de nombreux mois à matraquer la 2.0, il était temps de prendre un peu d’air frais, avec une nouvelle voiture sur un nouveau circuit et d’aller encore un peu plus loin dans la mise au point. La pause a été salvatrice, une fois revenu sur la 2.0 le réglage a été fait plus rapidement qu’à l’habitude, de quoi se concentrer sur le pilotage et la recherche des derniers dixièmes malgré un temps de piste limité.

A l’inverse des semaines précédentes, c’était mon coéquipier Aurélien Talmon qui courait après moi au chrono. J’étais très à l’aise avec la voiture, en bonne confiance, et l’expérience retenue de Road America devait nous permettre de ne pas être surpris par les aléa climatiques, ni même par les rapports de boîte. C’est vitesse de pointe et à fond ! Pour autant, une incertitude régnait. Peu après la course précédente, iRacing a effectué une mise à jour sur la Formule Renault 2.0. Et qui dit mise à jour dit « check » complet de la voiture, pour réévaluer son comportement aussi bien en course qu’en qualif. Si nous avons rapidement identifié les changements mineurs, nous n’étions pas à l’abri que nos adversaires, ayant plus d’expérience, trouvent un petit plus sur le setup.

Nous arrivons donc au jour J (samedi 13 Mai), avec une certaine confiance personnelle… vite ébranlée. Dès les essais, ça s’annonce très, très serré ! Nous ne sommes pas toujours nombreux au championnat mais sur Monza le SOF a dépassé les 4200. Autant dire que ça n’allait pas être de la tarte en tête de course ! Nous plaçons tout de même les voitures dans le top 6, en gardant une petite réserve pour la qualif. Pour une fois, la première ligne est à notre portée, tout du moins nos meilleurs temps personnels nous laissent l’entrevoir.

La qualification : « Jolyon Palmer skills mod : ON »

Malheureusement, les vieilles habitudes ont la vie dure ! Alors que le temps de la pole s’effectue en 1:47.1, soit un temps seulement 1 dixième meilleur que mon « personal best », je n’arrive pas à faire mieux qu’un vieux 1:47.9. Je suis à quasiment 1 seconde de mes temps, tout en sachant que mon plus mauvais chrono en simulation qualif, dans des conditions identiques, était en 1:47.6. La sanction est immédiate, puisque cela me repousse en 9ème position, derrière pas mal de pilotes qui ont, je le sais, un moins bon rythme de course.

A partir de cet instant je sais qu’il me sera impossible de faire mieux que 5ème à la régulière. Monza, avec un véhicule comme la Formule Renault 2.0, c’est une course de Nascar. Si vous lâchez le train de l’aspiration devant, vous ne pourrez jamais revenir. Autant dire qu’avec Jouni Silvasti (P1), Simone Maria Marceno (P2), Alex Sadler (P3) et Aurélien Talmon (P4)… c’était raté pour batailler avec eux aujourd’hui.

 

La course : La stratégie par le pilotage

D’entrée, il faut être agressif, afin de gagner quelques positions au départ. En arrivant au premier virage j’entends Aurélien dans le micro « MAIS P….. ! ». J’en déduis rapidement un crash devant, décide de prendre l’extérieur et c’est la bonne pioche : 3 places de gagnées. Je me retrouve derrière Scott Newton (tiens tiens comme on se retrouve !), et Olli Kwoka, qui a réalisé le hold-up en passant de la P10 à la P5. Devant, Jouni, Alex et Simone ont déjà cassé le gap des 6 dixièmes synonymes d’aspiration. On ne les reverra plus de la course.

Je décide pour jouer la 4ème place d’adopter une position d’attente vis-à-vis d’Olli et de Scott. Je reconnecte l’aspiration dès le second tour et décide d’attendre sagement derrière, sachant qu’il n’y avait plus aucun espoir de jouer mieux que la P4. Scott commet rapidement l’erreur, virage coupé, obligé de me laisser passer. Je n’en demandais pas tant, mais je perds un peu de temps dans la manœuvre et l’aspiration vis-à-vis de Olli. Je reconnecte vite le train et lâche Scott, qui va commettre une nouvelle erreur. Il reste 10 min de course, je décide de prendre les devants face à Olli pour sécuriser l’écart vis-à-vis de Scott.

Devant, Jouni Silvasti effleuré par Alex Sadler, part en tête-à-queue  au virage 1. Une P3 possible ? Oui mais si, et seulement si, Olli joue la même stratégie que moi, à savoir suivre mon rythme tambour battant pour recoller. Après son erreur nous sommes à 2 secondes de la P3. Mais je déchante vite. Olli veut se battre coûte que coûte, je décide donc de rester derrière car Newton revient comme une balle et Olli roule comme une grand-mère. Nous perdons 1s au tour, la stratégie est ratée !

Le point névralgique de la course arrive à 5min de la fin. Dans la ligne droite de départ/arrivée, à environ 250 km/h Olli vient me toucher. Autant vous dire que ça a fumé dans le casque !!! C’est à partir de ce moment que j’ai décidé de littéralement « débrancher » le cerveau, au diable Scott Newton qui revient derrière nous, maintenant c’est œil pour œil, dent pour dent. Nous animerons à tous les virages la fin de course avec Olli, souvent à la limite, sans jamais la dépasser (et que ce fût grisant !). Scott revenu derrière finit par partir en tête-à-queue tout seul dans le dernier tour (j’avoue avoir lancé la peau de banane en sortie de la seconde chicane).

Malheureusement, ayant pourtant pris le meilleur stratégiquement sur Olli, j’oublie de rebrancher le cerveau dans le dernier virage. Tout se joue sur ce détail : j’ai choisi de regarder le repère de freinage habituel sur la gauche au lieu de la droite vu mon placement. La différence de perspective en étant à l’intérieur me fait rater de 3 mètres environ le point de freinage. Si je sauve les meubles pour ne pas tirer tout droit, il est trop tard, et c’est la 5ème place finale.

Un bilan encourageant pour la suite

Encore une fois, il aura manqué quelques petites choses pour jouer les premiers rôles. Pour autant si je retiens une chose c’est celle-ci : le rythme pur étant aussi bon que celui de Jouni et Simone, qui étaient les 2 meilleurs ici. A l’habituel, Jouni fait même mieux que mon optimum qualif*, ici il était identique. Un nouveau step a donc été franchi, celui de grappiller les derniers dixièmes. Si le résultat brut n’est pas là, psychologiquement ce petit gap était important. Il s’agissait de se prouver que même avec un entrainement plus limité, nous pouvions suivre le rythme. C’est chose faite.

Je retiendrai aussi le petit excès de confiance avant d’aborder la manche, ce qui a fait (trop) douter pendant les essais, puis la qualif. Le prochain circuit est Silverstone, le premier de la saison où nous avons déjà une première base setup qui fonctionne bien. L’objectif sera de mettre tout bout à bout même si devant, la compétitivité augmente au fil des semaines. Ce fût la révolution de palais à Monza : Silvasti manquant un peu de rythme, Scott Newton dans le pétrin, Olli Kwoka qui progresse. La suite de la saison s’annonce passionnante ! Fabrizio fera cette fois-ci son entrée, finalement décalée d’un round. Mais mieux vaut arriver avec toutes les clés en main dans cette compétition. Rendez-vous le 17 juin désormais en terre anglaise, avec entre-temps les mythiques 24 h !

*Temps au tour cumulant l’ensemble de vos records par secteurs. Autrement dit votre meilleur temps théorique.

Et vous, qu'en pensez-vous ?