Le Mans sera toujours mythique !

Un rendez-vous mythique, accessible dans nos salons, mais cette fois-ci en tant qu’acteur. C’est ainsi que l’équipe a perçu les dernières 24h du Mans sur iRacing, avec pour objectif le meilleur résultat possible. Pour cela, ce sont 13 pilotes de la team qui se sont mobilisés pour une préparation spéciale à la hauteur de l’évènement. La difficulté principale fut de trouver les bonnes orientations afin de mener à bien le projet. En effet, l’équipe est encore jeune sur la simulation américaine, le pôle ayant été lancé à 100% au début de l’année 2017. Beaucoup de choses étaient à apprendre pour rivaliser avec les meilleurs.

 

Nous remontons donc un mois avant l’événement, à la date du premier training officiel, afin de découvrir la voiture : la HPD ARX LMP2, catégorie reine sur iRacing en endurance, en attendant l’arrivée (sûrement cette année ou début 2018) de la Porsche 919 Hybrid. A titre personnel, étant manager du programme, je ne voulais rien laisser au hasard. Chaque session était donc articulée autour d’une thématique précise comme les pneumatiques, les procédures de course… Le but était d’accumuler les données afin de comprendre rapidement la HPD sans avoir d’expérience préalable. La course contre le temps a débuté bien avant le départ des 24h du Mans.

Une préparation longue et minutieuse

Chaque feedback était analysé par tous les pilotes, afin d’orienter au mieux les « régleurs », à savoir moi-même, Mickael Cado et Cédric Finsac. À trois sorciers, nous savions que nous pourrions tirer un bon potentiel de la machine. Au total, ce ne sont pas moins de 22 versions différentes qui ont été faites du commencement du set à sa finalisation. Autant dire que ça n’a pas chômé en piste !

La difficulté dans ce genre de préparation, comme j’ai déjà pu l’évoquer avec vous lors de mes précédents articles en Formule Renault Simcup, c’est de savoir si la direction suivie est la bonne. En effet, impossible de se situer par rapport à la hiérarchie sept jours avant l’événement. Néanmoins, pendant la semaine précédent les 24h, iRacing proposait des sessions de courses officielles via le Proto/GT, où cette fois-ci, tout le monde a commencé à « sortir les chevaux ». Résultat pour nous : malgré trois semaines de préparation au préalable, beaucoup de points ont dû être revus lors du premier essai en piste.

Le potentiel était là, mais il nous manquait encore quelques petits trucs pour extraire la performance de la voiture. Grâce à cette dernière semaine, nous avons pu avancer grandement dans notre compréhension. Et pour être totalement honnête et transparent, j’avais posé des congés avant le week-end de course, histoire de finaliser la préparation… et ce ne fut pas de trop !

Les derniers tests grandeur nature (avec la présence de toutes les teams) ont eu lieu dans les 72h avant la course, et c’est ici que nous avons commencé à croire que nous pouvions vraiment faire un truc bien. Nous affrontions les Coanda Simsport, Pure Racing Team, JIM Racing Team en étant dans le coup. Autant vous dire que les mines se sont détendues dans « les garages », même si beaucoup de travail restait encore à faire. Bien figurer sur 1h30, c’est une chose, durant 24h, c’en est une autre !

Mon équipage était composé de 4 pilotes, formant l’équipe « RED » du RC. J’étais associé à Aurélien Talmon, Mathis Hébert et Mickael Cado. La dernière semaine nous a également permis de travailler la cohésion de groupe ainsi que l’esprit d’équipe en détaillant nos relais et en faisant l’emploi du temps pour la course. Pour autant, si nous étions plein d’espoir, nous savions qu’il nous serait difficile d’atteindre le Split 1. En effet, les divisions sur iRacing sont déterminées en fonction de l’iRating du pilote qui inscrit l’équipage, le plus élevé chez nous était de 4900 (Aurélien). De quoi passer juste ou rater de peu la retransmission RaceSpotTV et l’entrée directe dans la cour des grands ! Si nous avions le niveau, nous n’avions pas la main sur cet aspect de la course.

Cette inquiétude n’a pas pour autant diminué les efforts de l’équipe. Puisque 24h avant la course, je trouvais un « loup » sur le set up. Soit 0.5s de gagnées. Notre meilleur temps fut signé par Aurélien (chargé de la qualif), qui se classait en 13ème position au niveau mondial et premier Français. Nous y avons cru finalement, à cette division 1 !

Samedi 10 juin, 14h, soit une heure avant l’ouverture des serveurs, c’est l’attente. Nous avons regardé les profils des pilotes qualifiés autour de nous… Nous étions dans les 6 à 8000 en iRating… Autant dire qu’intérieurement, même si une petite voix me disait que ce serait bon, je savais au fond que nous serions finalement en division 2.

Et à l’ouverture des serveurs, ce fût le cas. Pour autant, pas de quoi se relâcher, nous partions 2ème en première ligne et avec des équipes ayant un gros CV comme la Champs iRacing, les F4H Motorsport et la Origin Front Row Racing (championne du monde en titre en F1 sur rFactor2). Dans l’élan du lancement des serveurs, la déception a vite laissé place à la concentration pour donner le meilleur de nous-mêmes. Pour décrire cette sensation, c’est un peu comme l’appréhension qu’un pilote peut avoir avant de monter dans sa voiture. Ce moment de flottement où le doute commence à prendre sa place. Mais une fois la visière baissée, tout l’extérieur a disparu et nous étions pleinement dans notre course.

L’objectif, en nous situant en division 2, était clair pour nous, bien que jamais annoncé : remporter les 24h du Mans !

 

Une course intense et à rebondissements

Si l’épreuve est virtuelle, elle demande tout autant de sang-froid que sa version réelle. Tout part sur les chapeaux de roues, tambour battant. Le rythme imposé dès le début de course est très soutenu, plus que je ne l’aurais imaginé. Mais la vraie bataille devra être stratégique.

Le premier changement pour nous se produira après 4h de course, où nous décidons de tenter le triple relais pneumatique, chose que nous n’avions jamais testé, mais qui, selon nos calculs de début de course, fonctionne pour nos adversaires directs (Champs iRacing, F4H notamment). Ainsi, tous les timing relais sont ajustés sur le terrain pour recoller à la meilleure stratégie possible. Et cela fonctionne bien. Nous réussissons à économiser un tour d’essence sur le relais et la tenue des pneus est bonne bien qu’il faille faire un minima attention pour ne pas être en délicatesse dans le dernier relais.

Les rebondissements auront lieu dans la nuit comme toujours au Mans ! A pile mi-course, nous prenons un vibreur un peu fort, mais sans que cela paraisse inquiétant par rapport à nos simulations… Malheureusement, c’est 10km/h que nous rendons en ligne droite alors que nous commencions, du fait de notre stratégie décalée, à prendre le large. Impossible à ce moment-là de savoir d’où vient le problème. De retour au box, une première grosse réparation qui nous coûte 1 minute, et nous repassons 3ème. Je prends le relais à ce moment-là, vers 4h du matin, et malheureusement le constat est dur. Le fond plat est endommagé, tout ne peut donc être réparé, nous perdons au final en moyenne entre 1.5s et 2s au tour sur nos adversaires directs !

Autrement dit, sur les 12h suivantes, nous n’aurons droit à aucune erreur si nous voulons conserver une chance de victoire. Nous serrons les dents, nous nous accrochons et nous arrivons à combler le retard dans les parties techniques et sinueuses. Mais la suite de la nuit est toujours plus folle. En effet, notre Split avait été à l’abri des déconnexions et soucis de serveur rencontrés sur iRacing (au point que le Split 1 a été annulé, je dirai que c’est le karma d’ailleurs !). Alors que nous pointons P3, nos adversaires subissent une déconnexion. Nous reprenons donc la tête et je réussis à faire un bon relais pour relâcher au petit matin la voiture avec un tour d’avance sur la P2. Mais pendant mon temps de sommeil, nous subissons aussi une déconnexion : toute l’avance est anéantie. Nous repartons tous de zéro, mais nous conservons la tête avec 1 minute d’avance, à environ 5h de la fin de la course. La Champs iRacing ayant rendu les armes, notre adversaire direct est désormais la F4H : s’ils ont un avantage en vitesse pure du fait de notre fond plat, nous avons l’avantage stratégique en étant plus économes.

S’en suit une bataille sans relâche, c’est coup pour coup, à tenir bon la voiture en piste le plus rapidement possible face à des adversaires qui reviennent sur nous à vitesse grand V. À 1h15 du drapeau à damier, nous prenons les calculettes. En effet, il se peut que nous arrivions à économiser 1 arrêt si la course dure pile 392 tours… Et aucune marge d’erreur possible ! La F4H est revenue à 15 secondes : avec 1 heure restante, il va falloir serrer les dents ! Lors de leur avant-dernier arrêt, ils font quelques réparations, ce qui nous laisse un peu plus de répit. Mais tout est réparé chez eux. Résultat : aucun déficit en pointe.

Le verdict tombera après pas moins de 23h40 de course ! La F4H, après son dernier arrêt, ressort juste devant nous pour 3 secondes. La messe est dite : ce sera la deuxième place ! Avec leur vitesse, la course durera finalement 393 tours soit un de trop pour nous, puisqu’il ne nous restait que 2 litres. iRacing nous fait en effet une petite blague : un tour supplémentaire alors que le drapeau blanc avait été agité au 392e passage. Heureusement, le dernier tour sera le tour d’honneur pour la F4H, l’équipe espagnole remportant la seconde édition des 24h du Mans sur iRacing en Split 2 ! Nous l’accompagnerons au ralenti pour économiser l’essence et finir la course sur la deuxième marche du podium.

 

Le bilan : ne parlons plus de jeu, parlons de sport

Forcément, nous sommes un petit peu déçus de ne pas monter sur la plus haute marche du podium, mais honnêtement, c’est une énorme satisfaction pour toute l’équipe d’avoir fait aussi bien pour une première avec nos propres moyens ! Tous les équipages au-delà du nôtre, ont vu l’arrivée, avec plus ou moins de réussite, mais quelle expérience ! C’est ici que s’enterre le jeu à mon sens. Il s’agit d’un réel sport, demandant autant de concentration que la course réelle, la seule différence se faisant sur la contrainte physique. Le Mans a tenu toutes ses promesses : il aura peut-être manqué une retransmission mais soyez sûrs que l’année prochaine, nous y serons et cette fois, nous ferons partie du Split 1. Nous finissons, à notre grande surprise, meilleure équipe française, et meilleur résultat à ce jour d’une équipe française au Mans sur iRacing. Statistiquement, nous sommes la voiture ayant parcouru le plus grand nombre de tours en tête, le top 3 pendant 15h de course n’a jamais été séparé de plus de 1 minute 10 (soit 1 arrêt)… Et entre la P1 et P2, si vous mettez entre parenthèse l’épisode « déconnexion », l’écart n’a jamais été de plus de 50 secondes.

Nous aurons pour la prochaine édition, l’expérience avec nous, et elle ne sera pas de trop pour rentrer dans la cour des grands. Bref, il est difficile voire presque impossible de ne pas tirer satisfaction de cette performance d’équipe. Il n’y a qu’à savourer l’instant présent et féliciter tout le monde pour tout le travail accompli. J’en profite pour remercier aussi tous les gens qui nous ont soutenus. J’ai été très surpris par tous les messages de soutien, à titre personnel, mais aussi sur les réseaux du RC. Malgré la difficulté de retransmission, vous nous avez suivis dans cette aventure, plus que je ne l’aurais imaginé, donc tout simplement merci ! La prochaine, nous essayerons de vous ramener la plus grosse coupe !

Pour terminer, je souhaite à tout simracer de vivre une fois dans sa carrière, l’émotion de cette course et la passion qui l’anime. Le Mans, peu importe sa forme, sera toujours… MYTHIQUE !

2 commentaires

  1. Chapeau les gars, et gros respect ! Le Mans, en virtuel comme en réel, même s’il peut se perdre par malchance, ne se gagne jamais par hasard. Et faire deuxième de sa catégorie dès la première participation… Toutes les équipes en rêvent !
    Ca mériterait un film, comme sur la vraie course;)

  2. Yes sympas l’article!

    L’endurance c’est toujours particulier, surtout en sim-racing.
    Personnellement j’apprécie de moins en moins Iracing,l’aspect financier y est pour beaucoup mais j ai remarquer aussi que l’iRating sépare trop les pilotes,chez nous par exemple 2 pilotes du même niveau se rencontre rarement sur Iracing a cause du irating qui ne sont pas les même,enfin bref ca reste un bon jeu.

    J’en profite d’ailleurs pour vous informer que plusieurs ligues s’associes en ce moment pour monter des championnats interligues d’endurance, et que la 1ére course test de 6 heures est prévu le 23 septembre sur la nordschleif… voila.

Et vous, qu'en pensez-vous ?